Il y a une question qui revient souvent lorsque je prépare des candidats à un entretien :

« Comment parler de cette expérience sans me tirer une balle dans le pied ? »

La question peut concerner beaucoup de situations différentes. Un management difficile. Une entreprise dans laquelle la personne ne se retrouvait plus. Un conflit. Une surcharge de travail. Une expérience qui s’est mal terminée ou qui a laissé un goût amer.

Et derrière cette question, il y a souvent la même inquiétude.

La peur d’être jugé.

La peur qu’un recruteur se dise que le problème venait finalement du candidat.

La peur qu’une période difficile vienne effacer tout le reste du parcours.

Pourtant, après plusieurs années à échanger avec des recruteurs et des candidats, je constate que le sujet est rarement celui que l’on croit.

Le problème n’est généralement pas d’avoir vécu une mauvaise expérience professionnelle.

Le problème est davantage la manière dont cette expérience continue à vivre dans le récit que l’on fait de son parcours aujourd’hui.

Pourquoi les candidats ont autant de mal à parler de certaines expériences

Une mauvaise expérience professionnelle ne laisse pas uniquement des traces sur un CV.

Elle touche souvent la confiance, la capacité à se projeter et parfois même la manière dont une personne perçoit sa propre valeur professionnelle.

C’est ce qui explique pourquoi le sujet devient aussi sensible en entretien.

Quand un candidat parle d’une expérience difficile, il ne parle pas seulement d’un ancien poste. Il parle parfois d’une période qui a fragilisé certaines certitudes. D’une période où il a perdu confiance. D’un moment où il s’est senti bloqué ou incompris.

Et plus cette expérience a été difficile, plus il devient compliqué d’en parler avec recul.

Certaines personnes évitent alors complètement le sujet.

D’autres cherchent à tout raconter dans les moindres détails.

Et souvent, aucun de ces deux extrêmes n’est réellement efficace.

Le problème n’est pas toujours ce qui est arrivé

C’est probablement l’une des idées les plus importantes à comprendre.

Les recruteurs savent que toutes les entreprises ne se ressemblent pas. Ils savent qu’il existe des managers difficiles, des organisations dysfonctionnelles ou des contextes qui deviennent compliqués à vivre.

Ils savent aussi qu’une carrière n’est jamais aussi linéaire qu’un CV peut parfois le laisser croire.

Lorsqu’un candidat évoque une expérience difficile, ils ne cherchent donc pas forcément à déterminer qui avait raison ou tort.

Ils observent autre chose. 

Ils cherchent à comprendre comment cette personne analyse aujourd’hui ce qu’elle a vécu.

Ils observent la manière dont elle raconte l’histoire.

Le niveau de recul qu’elle a construit.

La place que cette expérience occupe encore dans son discours.

Et c’est souvent là que la crédibilité se joue.

Deux personnes peuvent vivre la même situation et inspirer une impression totalement différente

C’est quelque chose qui me frappe régulièrement.

Deux candidats peuvent avoir connu exactement le même contexte.

Le même type de management.

Les mêmes tensions.

Les mêmes difficultés.

Pourtant, l’un va rassurer tandis que l’autre va créer du doute.

Pourquoi ?

Parce que le premier parle surtout de ce qu’il a compris.

Le second parle encore principalement de ce qu’il a subi.

Cette différence paraît minime lorsqu’on la lit.

Elle est énorme lorsqu’on l’entend en entretien.

Lorsqu’une personne reste enfermée dans la frustration, l’accusation ou l’amertume, le recruteur perçoit souvent une situation qui n’est pas totalement digérée.

À l’inverse, lorsqu’une personne parvient à expliquer ce qu’elle a appris sur elle-même, sur son fonctionnement ou sur l’environnement dont elle a besoin pour réussir, le regard change complètement.

Le sujet n’est plus le passé.

Le sujet devient la capacité à avancer.

Ce que les recruteurs cherchent réellement à comprendre

C’est d’ailleurs cohérent avec ce que j’observe plus largement dans les recrutements.

Contrairement à ce que l’on imagine parfois, les recruteurs ne cherchent pas uniquement à valider des compétences ou à vérifier un parcours.

Ils cherchent surtout à comprendre une trajectoire.

Comprendre les choix.

Comprendre les évolutions.

Comprendre la logique qui relie les différentes étapes d’une carrière.

Nous avons approfondi cette idée dans notre article consacré à ce que les recruteurs cherchent réellement à comprendre.

Parce qu’au fond, un entretien n’est pas un exercice où il faut prouver que tout s’est toujours bien passé.

C’est un échange qui permet au recruteur de comprendre comment vous fonctionnez aujourd’hui.

comment reprendre sa carrière en mains ?

La différence entre raconter et analyser

Avec le temps, je crois que c’est devenu l’un des meilleurs indicateurs de maturité professionnelle.

Raconter consiste souvent à décrire ce qui s’est passé. Analyser consiste à expliquer ce que l’on en a retenu. La nuance est importante.

Une personne qui analyse une expérience difficile ne cherche pas à la justifier. Elle ne cherche pas non plus à l’effacer. Elle lui donne simplement une place cohérente dans son parcours.

Elle reconnaît les difficultés rencontrées. Elle identifie ce qui ne lui convenait plus.

Elle explique ce qu’elle recherche désormais.

Et surtout, elle montre qu’elle ne reste pas définie par cet épisode.

C’est souvent cette posture qui inspire le plus confiance.

Ce que j’observe sur le terrain

Les candidats qui inquiètent le plus les recruteurs ne sont pas forcément ceux qui ont connu les expériences les plus compliquées.

Ce sont souvent ceux qui semblent encore prisonniers de ces expériences.

À l’inverse, certaines personnes ont traversé des périodes extrêmement difficiles tout en conservant une vraie capacité de recul et de projection.

Elles ne nient pas ce qu’elles ont vécu.

Elles ne cherchent pas non plus à l’embellir.

Mais elles parviennent à l’intégrer dans une histoire plus large.

Une histoire qui continue à avancer.

Et c’est probablement ce qui rassure le plus.

Comment retrouver un discours plus cohérent après une expérience difficile

Lorsque certaines expériences continuent à peser fortement dans votre discours professionnel, le sujet dépasse parfois la simple préparation d’un entretien.

Il touche à la manière dont vous comprenez aujourd’hui votre trajectoire.

À la manière dont vous reliez les différentes étapes de votre parcours.

À votre capacité à vous projeter à nouveau.

C’est souvent pour cette raison que certaines personnes choisissent de travailler sur leur projet professionnel avant même de retravailler leur CV ou leurs entretiens.

Notre accompagnement de carrière à Nantes permet justement de retrouver davantage de clarté, de cohérence et de confiance dans la manière de raconter son parcours.

Parce qu’avant de convaincre un recruteur, il est souvent utile de comprendre soi-même l’histoire que l’on souhaite raconter.

Le problème n’est pas toujours d’avoir vécu une mauvaise expérience.

Le vrai sujet est souvent la manière dont elle continue — ou non — à vous définir aujourd’hui.

Foire Aux Questions 

Faut-il parler honnêtement d'une mauvaise expérience en entretien ?

Oui. L’important n’est pas d’éviter le sujet mais de réussir à l’aborder avec recul et objectivité.

Peut-on évoquer un mauvais management ?

Oui. Ce qui compte est davantage la manière dont vous analysez la situation que la situation elle-même.

Pourquoi certains recruteurs se méfient-ils des candidats très critiques ?

Parce qu’ils cherchent à évaluer la capacité de recul, la gestion émotionnelle et la manière dont la personne fait face aux difficultés professionnelles.

Comment éviter de se décrédibiliser ?

En restant factuel, nuancé et centré sur les enseignements tirés de l’expérience.

Échanger sur votre situation

Vous avez du mal à expliquer certaines étapes de votre parcours ou à parler d’une expérience difficile en entretien ?

Parfois, le plus utile n’est pas de préparer une réponse parfaite.

C’est de retrouver suffisamment de recul pour comprendre ce que cette expérience dit réellement de votre trajectoire.

Consultez aussi… 

les profils atypiques ne sont pas un problème

Les profils atypiques ne sont pas le problème

personne en changement de voie professionnelle

Reconversion professionnelle : les réalités que j’observe sur le terrain

accompagnement carrière et bilan de compétences à Nantes

Bilan de compétences ou accompagnement de carrière : comment choisir le bon dispositif ?

Pourquoi les recruteurs ne comprennent pas votre parcours ?

Pourquoi les recruteurs ne comprennent pas votre parcours professionnel

A propos de Frédéric Frouin

Fondateur de Trois Cent Onze Recrutement & Conseil.

J’accompagne les candidats, les entreprises et les professionnels en réflexion autour :

  • du recrutement

  • des trajectoires professionnelles

  • du bilan de compétences

  • et de l’évolution de carrière.

Mon approche repose sur une vision terrain, humaine et concrète du monde professionnel, avec une spécialisation dans les problématiques de lisibilité de parcours, de projection professionnelle et de décision de carrière.